Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (95) – Le Festival des Arts Populaires de Marrakech

     Le jeudi, du 22 Juin, de la dernière année du deuxième millénaire, vêtu d’un “T-shirt” et un pantalon court, en ayant sur la tête un chapeau de paille, dans le dos un sac et dans la main une bouteille d’eau minérale, je me mélangeais dans la foule des touristes étrangers et des Marocains venus  pour assister au Festival des Arts Populaires de Marrakech. Il était environ 18 heures et le monde s’est déplacé vers l’avenue qui relie “Bab Jdid” (n.a. Porte Neuve) – l’une des portes pratiquées dans le mur de la défense de la ville millénaire – et “Manara” (n.a. Phare) – une construction improprement dite phare, située au bord d’un bassin où, il y a des siècles, les soldats apprenaient à nager. Pris par la vague, je suis arrivé au lieu où se déroulait  un spectacle dérivé d’un ancien exercice militaire, à qui participaient de chevaux et cavaliers habillés comme dans les histoires de “Mille et une nuits”. Le décor exotique hétéroclite formé par le minaret couvert d’arabesques de la mosquée “Coutoubia”, situé à quelques centaines de mètres, la chaîne de montagnes du Haut Atlas, visibles à l’horizon, malgré les 40 kilomètres qui nous séparaient, les touffes de feuilles toujours vertes de palmiers plantés aux bords des boulevards, le mortier à base d’argile rougeâtre du crépi de la plupart des bâtiments ou de murs, raison pour laquelle Marrakech est appelée aussi la ville rouge, contribuaient à l’apparition du sentiment d’évasion du milieu urbain de béton et de verre pour lequel les Nord-Américains ou les Européens de l’Ouest présents ont payé avec de la monnaie forte. À côté de moi il y avait un touriste qui semblait mon image vue dans le miroir: même âge, même tenue, sauf que dans la main tenaient une bouteille de cola. En étant  conscients de l’inedit de la situation, nous avons tous deux ressenti le besoin de converser. J’ai donc appris que son nom était Théodore et qu’il était un professeur de sociologie à l’Université “Carnegie Mellon” à Pittsburgh, qui a été créé en 1967, par la fusion de l’Institut de Technologie “Carnegie”, fondé en 1900, et l’Institut “Mellon”, fondé en 1913. À un moment donné, j’ai demandé:

     – Qu’est-ce que c’est, à votre avis, le folklore?

   – Oh, voici une question à qui il n’y a pas donné clairement une réponse. Le folklore est, d’abord, une source permanente de retour à l’origine de l’homme, des peuples, de la découverte de l’identité nationale, qui est si nécessaire dans le monde moderne, qui souffre du syndrome d’aliénation. Le terme a des significations différentes selon le pays. Par exemple, chez nous, aux États-Unis, le folklore est associée, le plus souvent, à l’image de chanteurs de folk, tandis qu’au Maroc, le folklore signifie, d’abord, de festivals à qui participent de formations de danses et de chants, de dompteurs de singes, de charmeurs de serpents, d’avaleurs d’épées et de flammes, de raconteurs de  légendes, de fées, de fables, de paraboles, de devinettes.

    Je pensais que j’aurais donné la même réponse, seulement avec la précusion que les Nord – Américains n’ont pas récupéré et conservé assez la culture millénaire des Indiens, d’où l’absence de folklore du type européen.

     Theodore, comme s’il a deviné ma pensée, a continué:

   – La civilisation rurale en Angleterre est devenue la première victime du développement industriel, en étant presque exterminés par le déracinement des paysans attirés par des villes. En Roumanie, comme d’ailleurs dans tous les anciens pays socialistes, des efforts particuliers ont été faits pour récupérer les valeurs populaires. Malheureusement, les premiers qui ont pris position à cet égard ont été les exponents du prolétariat européen, y compris celui de la Roumanie, qui étaient déjà aliénés dans le plan esthétique, ils en étant dans leur grande majorité de paysans fuis de leurs villages et installés dans les banlieues des villes. Pour cette raison, beaucoup de productions artistiques recueillies du peuple ont été modifiées dans l’esprit des quartiers périphériques des villes, d’une part, et de la création de l’homme nouveau, de type socialiste, d’autre part. Mais, les arts populaires marocains n’ont pas subi de telles influences, car ici il y avait une classe ouvrière, mais seulement une catégorie sociales mince, qui n’est jamais arrivé à prendre le pouvoir politique. Par conséquent, les chansons et les danses présentées dans ce festival rural sont identiques à celles qui ont eu lieu il y a des siècles dans divers foires dans le pays .

     – “Mister” Théodore, je suis entièrement d’accord avec vous. En outre, je peux compléter ce que vous avez dit tout à l’heure, dans le sense que de dizaines d’agglomerations rurales du Maroc portent le nom du jour de la semaine dans lequel ont lieu de “souks” séculaires traditionnels. Par exemple, Had signifie le premier,  c’est-à-dire dimanche, Tani signifie le deuxième,  c’est-à-dire lundi, Talita signifie le troisième,  c’est-à-dire mardi, Aarba signifie le quatrième,  c’est-à-dire mercredi, Khamis signifie le cinquième,  c’est-à-dire jeudi et Saabt signifie le septième,  c’est-à-dire samedi.

     – Seulement ceux qui ont vécu de nombreuses années au Maroc, comme vous, peuvent connaître ces détails, a remarqué l’Américain.

     – Je vous recommande d’entrer dans le bazar de Marrakech pour voir le bijoux en argent ou en cuivre, d’objets de peau  brodée, de pots rustiques en céramique, de lampes en pierre à huile et de nombreux d’autres, j’ai pris du courage.

   – Bien sûr, c’est comme ça que je vais procéder. Il serait un plaisir pour moi de voir ces petit objets artisanaux, en effet, de moyens d’expression populaire par l’excellence, qui ailleurs, comme aux États-Unis, ont été éliminés par d’objets industriels, bon marché, mais sans valeur artistique spéciale.

    – Cependant, j’aime la conception d’objets industriels “made ​​in U.S.A.”, même s’ils ne sont pas toujours bon marché, je suis intervenu.

   – Je vous explique immédiatement. Les objets artisanaux du bazar reflète l’innocence et la naïveté du paysan, qui ont une action de soulager l’esprit névrosé du citadin, en général, et le mien, en particulier.

   – Maintenant, j’ai compris mieux le sens du slogan “La vie en fête” de ce festival folklorique . Mais je vous  demande: vous vous sentez aliéné dans les États?

   – “Mister” Doru, l’aliénation dans les État est due, principalement, soit  à une concurrence féroce du lieu de  travail, soitau chômage. Les gens sont de plus en plus de individualistes et s’isolent des hommes.

   – “Mister” Théodore, est-ce que je peux également vous recommander quelque chose, en étant donné que j’habite et je travaile depuis quelques années au Maroc?

   – Oh, bien sûr, je me  laisse dans vos mains.

  – À ces festivals, les gens viennent pour le plaisir des oreilles et des yeux, mais aussi pour se délecter avec les spécialités de la cuisine traditionnelle marocaine.

   Après cinq minutes de marche, nous sommes arrivés dans la place Jamaa el Fna, où un jeune vendeur ambulant nous a invités en anglais pour servir “hot dogs”, au grand dam de Théodore, qui s’est écrié:

   – Où est la cuisine marocaine traditionnelle? J’ai traversé l’océan Atlantique à manger “hot dogs”, spécialité gastronomique américaine, et même de ceux enveloppes en plastique? “Mister” Doru, si même à ce festival on ne garde pas entièrement la tradition locale, est-ce qu’il existe encore le folklore véritable?

    Les questions de Théodore sont restées rhétoriques, car, à ce moment-là, je n’ai pas réussi à formuler une réponse. Et ni plus tard.

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)