Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (96) – La confession d’une “collaborationniste charnelle”

     C’était un samedi, le 1er Avril 2000. Je me suis retrouvé au rez – de – chaussée du moderne complexe commercial “Twins” (n.a Jumeaux) haut de 30 étages à Casablanca, où il était amenagé l’un des magasins “Marjan” (n.a. Corail) appelés “supermarchés” par les francophones et “hypermarkets ” par les anglophones. J’étais bien installé à une table de cafétéria, où j’avais vu Bahits Aalami. Dans l’attente de thé à la menthe très sucré, mais aussi très chaud, j’avais la perspective de l’animation de la ligne de caisses du magasin. Mon copain m’a surpris avec l’approche suivante:

     – Doru, ici c’est l’un des endroits où certaines Marocaines viennent à la recherche de clients généreux, de préférence étrangers.

   – Oui, oui, j’ai appruvé, en constatant que, vraiment,  la zone presente l’une des plus fortes densités de belles femmes à Casablanca.

  – La prostitution est le plus vieil métier du monde des femmes, a commencé à philosopher Bahits, en faisant une grimace, après avoir constaté que le thé était très chaud.

  – Oui, oui, le thé est encore chaud, j’ai aprouvé le message non – verbal de Bahits, qui a continué, par l’habitude didactique, sur le thème commençé:

  – Sache, Doru, que dans le Maghreb, les prostituées, les courtisanes, les concubines de harems, les danseuses ne sont pas si mal vus jusqu’au XVIIIe siècle, quoique dans le verset 2 de la sourate 24, nommée “Lumière”, du Coran est punie la  relation sexuelle entre deux personnes non mariées avec 100 coups de fouet.

    – Excuse – moi, Bahits, que je t’interrompe, mais je dois te dire que dans la Bible, ce genre de relation n’est pas interdit et, donc, il n’est pas pas punissable si les deux parties impliquées dans l’affaire sont d’accord.  Dans le cas contraire, les paragraphes 28 et 29 du chapitre 22 de “Deutéronome” oblige l’homme qui a violé une vierge non fiancée dans le champ, c’est à dire là où même si elle crie pour le secours, il est fort susceptible de ne pas être entendue par personnes, de la prendre comme épouse et de ne pas la chasser  de la maison dans toute sa vie. D’autre part, entre les paragraphes 13 et 27, du même chapitre 22, sont punis les actes suivants: 1) la jeune fille qui n’a pas été trouvée vierge dans la nuit de noces est lapidée; 2) l’homme et la femme mariée à un autre, qui ont couchés ensemble sont tués, également par lapidation; 3) l’homme qui a violé une vierge fiancée dans le champ est également lapidé et la vierge est exonérée d’être tuée parce que même si elle a appelé pour le secours, il est très possible qu’elle ne soit pas entendue par personne; 4) l’homme qui a violé une vierge fiancée dans la ville est de même lapidé, mais cette fois, la vierge n’est pas exemptée d’être tuée parce que si elle aurait appelé pour le secours,  il est très possible qu’elle soit entendue par quicuonque, et, donc, le malheur serait évité.

    – Oh, je sais ces lois sur l’adultère, est intervenu Bahits .

    – Comment ça? j’ai demandé surpris .

  – Je précise immédiatement, a répondu Bahist, heureux comme un professeur qui a quelque chose à expliqur à quelqu’un. Il y a dans le Coran, le verset 90 de la sourate “Les bestiaux”, dans lequel on dit comme ça: “suis, donc, leur direction”, c’est-à-dire de Moïse et de Jésus. Qu’est-ce que cela signifie? On peut appliquer tacitement les lois transmises d’Allah par les grands prophètes, qui ont  précédé Mahomet dans les cas dans lesquels n’existe pas de révélations expresses dans le Coran, comme l’adultère.

  – Jésus n’est pas  un simple prophète, mais le Fils de Dieu et le Sauveur du monde, j’ai senti le besoin de faire une précision.

  – Je sais ton opinion et des chrétiens, mais je ne veux  pas polémiser avec toi sur cette question maintenant. Comme je le disais, les prostituées sont devenues un blâme au XVIIIème siècle, dès que les Français ont commencé à coloniser le Maghreb. Depuis ces temps, elles ont été étiquetées comme “collaborationnistes charnelles”. .

      À ce moment – là, mes doigts, qui palpaient  à intermitence le verre en face de moi, m’ont determiné à interrompre le professeur: “Bahits, le thé s’est refroidi, il est le temps de prendre une pause!” Durant que je sirotait le liquide sucré – aromatisé qui mettait mes sens dessus dessous  et je rêvais avec les yeux ouverts que je pétrissais le corps d’une “collaborationniste charnelle”, j’ai entendu une voix sensuelle d’expression française: “Est-ce que la chaise est libre?” Je levais la tête et j’ai vu une Marocaine d’après le port; elle était habillée avec une djellaba soyeuse, qui plutôt révélait les formes que les couvrait. J’ai distingué une femme avec des hanches larges, passée de la première jeunesse, avec des yeux noirs, espiègles et entourées d’un parfum coûteux. Avec réflexes d’un joueur de tennis à  la réception du service, Bahits a tendu une main vers la chaise vide, en hochant affirmativement la tête. “Je parle français parce que je suppose que vous êtes étranger”, s’addressait – elle vers moi dans la tentative de faire une conversation. En parlant, nous avons fait connaissance et comme ça on a découvert que son nom est Mouana et qu’elle vient de rentrer des Emirats Arabes Unis.

    – Quelles affaires est-ce que vous tournez là  – bas? a commencé Bahits à  la questionner.

    – Messieurs, je vous vois de gens sérieux, avec les cheveux gris, à qui je peux me confesser. Là  – bas j’ai été embauchée durant dix ans par une société franco- arabe. qui offrait de dames de companie aux diverses clients locaux et étrangers.

   – Est-ce que vous avez bien gagné là – bas? Bahits a continué avec de questions.

  – Assez pour m’acheter avec l’argent comptant un appartement de quatre pièces dans un bloc de l’avenue Hassan II et une nouvelle voiture personnalisée.

  – Pourquoi est-ce que vous êtes parti de là – bas? n-a pas interrompu Bahits la serie de questions.

  – Parce que la société franco – arabe a consideré que je suis  à la fin de ma carrière et m’remplacé avec de “la viande fraîche”.

  – Pouvez-vous nous dire comment est-ce que vous avez commencé cette carrière? Bahits a insisté.

  – À 16 ans, je me suis mariée, mais mon mari m’appliquait sans raison de punitions corporelles – “darb”, comme on dit en arabe, selon une recommandation écrite dans le verset 34 de la sourate “Les femmes” du Coran. Quand je n’ai plus pu supporter cette humiliation, je me suis enfuie de la maison dans le village Aïn Leuh, qui a   au Maroc la réputation exagérée qu’il serait le lieu où venaient les trafiquants de haschisch des montagnes du Rif pour dépenser de sommes fabuleuses avec de femmes. En fait, avec l’argent gagné là – bas, je pourais à peine à survivre. Lorsque j’ai ramassé une petite somme d’argent, je suis venu ici à Casablanca. Ainsi je suis devenu une prostituée de luxe aux grands hôtels, avec chauffeur de taxi, payé par moi avec 350 dirhams par nuit. J’acceptais seulement de clients européens ou des pays du Golfe, qui sont très généreux. Parfois je gagnait quelques milliers de dirhams par nuit. Bien sûr, il ne restait pour moi tout cet argent, parce que je devais payer la réceptionniste, le gardien de l’hôtel, ainsi que le policier de proximité.

  – Alors, quels sont vos plans? a voulu également savoir Bahits, mais Mouana n’a pas pu répondre, parce qu’elle nous a dit au revoir et s’est précipité vers une autre table, où un vieux monsieur, habillé élegament, en rayonnant d’opulence, lui souriait courtoisement.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)