Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (97) – Passager sur mobylette

     Casablanca se périurbanise visiblement par la formation de nouvelles agglomérations résidentielles et l’intégration des villes environnantes. La fluence du traffic routier de ce mégapôle est inférieur à celle du Caire, que je l’ai vu en 1985, quand il n’avait toujours pas de métro, pour faire une comparaison avec une capitale d’Afrique du Nord, mais meilleure que celle de… Bucarest, même après la construction du métro, pour me référer à une capitale européenne. L’odeur de gaz de la combustion du gasoil, le cliquetement  resté non amorti par les tambours de l’échapement troués ou inexistants, le bruit nerveux des klaxons, les fréquents embouteillages stressent au comble ceux qui tiennent dans la main un volant ou au guidon sur le carossable de Casablanca. Mais, ce trafic devient vraiment un enfer non à cause des soi-disant motards de l’enfer (n.a. hell’s drivers), de ceux qui possèdent des motos superpuissants, des vraies voitures sur deux roues, comme il arrive, par exemple, sur la route 66 aux États-Unis, mais à cause de la présence étouffante de beaucoup plus modeste…  mobylettes. Aux propriétaires de ces véhicules avec une cylindrée en dessous de 50 centimètres cubes on ne demande pas permis de conduire, ce qui explique pourquoi beaucoup d’entre eux ne connaissent pas les règles de base du code de la route.

     J’ai eu l’occasion d’aller avec la  mobylette plusieurs fois au Maroc, mais jamais au guidon, mais sur le siège derrière, c’est-à-dire d’être… passager sur une mobylette. La première fois que c’est arrivé au printemps de 1995, lorsque Darraj (n.a Motard), une connaissance beaucoup plus jeune que moi, m’a demandé d’aller à sa maison pour manger de couscous durant la pause déjeuner. Il avait une mobylette et on a pris la route. Pour m’impressionner avec ses compétences, il a commencé à valser macabrement entre les voitures avec le régime de moteur au maximum Mon cœur s’avait fait petite comme une puce, tandis que ma connaissance criait et riait comme un fou. La course effrénée s’est terminée, comme il était à attendre, avec…une chute de mobylette,  après l’apparition d’un groupe de femmes dans un passage pour piétons a nécessité un fort freinage. Je suis tombé sur Darraj, alors qu’il est arrivé dans… les  bras des pauvres passantes. Nous avons eu de la chance et personne n’a été blessé, mais quelle crainte agreable nous avons eu!…

    Après deux mois, malgré l’expérience malheureuse eue antérieurement, j’ai pris courage et j’ai parcouru à mobylette la distance d’environ 20 kilomètres, qui sépare la mégalopole marocaine de la forêt de Bouskoura. Cette fois, au guidon était Bahits Aalami, professeur de sociologie à l’Université de Casablanca. Il a agi sur le trajet beaucoup plus pondéré, comme un “easy rider” (n.a. cavalier lent), en me donnant la possibilité de regarder à l’aise à la fois le paysage naturel et le trafic routier. Près de nous passaient en grande vitesse de maxi – taxi, tous en étant de voitures “Mercedes -Benz” 240, dans lesquelles, selon à la loi marocaine ne peuvent prendre place que… sept personnes: trois à l’avant et quatre à l’arrière. Le plus j’ai été dérangé par de camions, qui dépassaient rasant. Pas petite a été notre surprise quand nous avons vu que nous sommes dépassés par une colonne de motards installés confortablement dans de bolides de luxe, avec la cylindrée énorme, lesquels nous a fait à “baver”, de type “Budweiser”, “Goldwing”, “Harley Davidson”. À un moment donné, nous avons dû arrêter au signe d’un policier. Il y avait eu un accident entre un camion à  benne basculante, qui avait dépassé la ligne blanche, et une voiture,  qui avait circulé réglementairement.

     – Le Maroc est sur l’une des premiers places au monde sur les accidents de la route, parce que chaque année on enregistre plus de 3500 morts, dont plus de 500 motocyclistes, m’a informé Bahits. J’ai regardé l’image cauchemardesque de la voiture raccourcie comme un dispositif téléscopique. Le camion à  benne basculante ne semblait pas avoir subi d’importants dégâts. Les camionneurs, dans leur machines imposantes, se sentent puissants et ils croyent qu’ils ont le droit de vie et de mort sur les autres participants au traffic, a continué Bahits émotioné.

    – L’état ​​de la voiture est très souvent fautif, j’ai intervenu. Est-ce que tu sais comment on faisait l’inspection technique annuelle en Algérie en 1984? Je vais te dire. Nous partions avec le moteur arrêté sur une route en pente à longueur d’environ 30 mètres. Arrivé à une certaine ligne, je devais freiner et m’arrêter avant d’atteindre une autre ligne, située à quelques mètres plus loin. Ça était toute l’inspection!

     – Doru, je ne suis pas surpris de ce que tu a dit. Mais, il vaut mieux partir d’ici, pour ne pas gâcher ce qui a resté de notre bonne humeur.

    Après environ une heure, nous sommes arrivés à la forêt de Bouskoura. C’était un dimanche et des milliers d’amateurs de pique-niques, dans leur grande majorité de famillistes, s’avaient installés là – bas . Le gazon était rare, comme dans le milieu de la porte de football, en laissant à  la vue de grandes taches de sol rouge, là où il n’était pas couvert avec des sacs en plastique, canettes de bière vides, tessons de verre ou d’autres restes d’emballages,  diversement colorés. Une fumée bleuâtre avec une odeur de la viande rôtie faisait plus dense l’ombre fourni par les couronnes des arbres environnants. Sur les allées, qui portaient les noms des athlètes célèbres marocains de fond ou semifond, couraient d’hommes, de femmes et d’enfants habillés chacun d’après  leur goût et leur poche.

    Dans un parking on a découvert les supermotos de la colonne qui nous a dépassé sur la route à la venue. Bahits est entré en conversation avec un homme qui faisait l’impression d’un tonneau. Le tricot à manches courtes et une veste en cuir noir ne réussisaient pas à couvrir les tatouages sur ses bras épais​​. Au – dessous de la longue barbe se contourait un ventre respectable. Quoiqu’il portait un short tyrolien, il était chaussé avec de bottes basses en cuir. Il semblait à un portrait typique de propriétaire d’une moto “Harley Davidson”. J’ai appris q’il est Marocain, le propriétaire d’un atelier de réparation auto.

    – Quel est votre bolide? lui a demandé à un moment donné Bahits. A notre grand étonnement, il nous a montré une moto “BMW”.

    – Je l’ai acheté d’occasion d’un poste de police, après avoir été sorti d’inventaire. Je l’ai réparé dans mon atelier. Je suis membre de plus ancien club de motocyclistes au Maroc, appelé “Dromadaire”. Messieurs, je suis un motocycliste atypique. Je ne suis pas né pour être sauvage, comme déclare une partie de mes collègues de club. J’ai d’enfants. Je ne fume pas. Vendredi midi, je gare la moto près de la Grande Mosquée Hassan II et je fais la prière pieusement. Je ne boit pas d’alcool. J’aime marcher avec ma femme sur la moto. Je partage de crayons et de cahiers aux enfants pauvres des hameaux par où je passe.

    – Mais où est votre femme maintenant? je suis entré à la discussion.

   – Depuis un certain temps, je ne vais plus avec elle, parce que, avec l’âge, elle s’est trop engraissée et nous n’avons plus de place ensemble sur ma moto. J’aurais besoin d’une “Harley Davidson”, qui est plus spacieuse, mais je n’ai pas de l’argent nécéssaire.

   – Ou une autre femme, plus jeune et plus souple, Bahits est intervenu.

  – Une bonne blague! Eh bien, messieurs, une jeune femme, avec ses prétentions, ne me mettrait aux dépenses plus élevées, elle ne serait pas plus chère? Darraj a riposté.

   Ni moi et ni Bahits ne savons pas quoi répondre. Notre seule certitude était qu’une mobylette est moins chère qu’une “Harley Davidson”.

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)